La Cathédrale de Montauban - Notre Dame de l'Assomption

Le triomphe du Roi Soleil ...

Dès le XVIème siècle, Montauban fut une des places fortes et une des capitales du Protestantisme Français, s'opposant en cela à la puissance royale de Toulouse, qui restait fidèle au Catholicisme.

En 1561, la REFORME triompha dans la ville : les églises, les couvents furent désaffectés, voire totalement détruits ; la cathédrale, alors consacrée à Saint-Jacques, fut partiellement démolie puis transformée en bastion.

Après la Saint-Barthélemy (1572), le rôle prépondérant de Montauban comme capitale du protestantisme s'affirme : en 1598, l'Edit de Nantes consacre cette vocation protestante de la ville en en faisant une des places de sûreté accordées aux Huguenots par le Roi. C'est après la prise de la Rochelle, en 1629, que Montauban doit se soumettre ; en entrant dans la ville, Richelieu y rétablit d'une manière solennelle le culte Catholique et l'Eglise Saint-Jacques devient provisoirement CATHEDRALE.

La révocation de l'Edit de Nantes en 1685 consacre la victoire de la RELIGION DU ROI : c'est manifester cette victoire et faire éclater sa puissance que Louis XIV dépêche ses architectes à Montauban avec mission d'y édifier une nouvelle cathédrale.

Tant dans sa conception que dans le luxe des matériaux choisis, les Architectes traduisirent alors la suprématie de la religion catholique et du pouvoir royal.

A la révolution, la cathédrale abrita quelque temps le culte de la Raison (1793) puis fut rendue à l'Eglise par le concordat de 1801.

Une Architecture Nationale conçue par les Architectes du Roi

Les églises sont en général bâties en pierre, ce matériau noble créé par "Dieu" ; toutefois, dans le Nord, en Normandie, dans le Sud Est de l'Aquitaine, les architectes se sont souvent contentés, par nécessité, de la brique. Tel ne fut pas le cas de Montauban, où les constructeurs de la Cathédrale allèrent à trente kilomètres de là trouver cette pierre qui témoignait de la volonté du Roi et de l'Eglise d'affirmer leur richesse et leur puissance.


C'est donc à la demande de l'Evêque, Monseigneur de COLBERT, neveu du célèbre Ministre de Louis XIV, que fut établi, peu après la révocation de l'Edit de Nantes, le devis d'une cathédrale nouvelle. Dès 1691, sous l'épiscopat de Henri de NESMOND, après que l'Eglise eut racheté trois îlots complets dans le centre Est de la Bastide deux pour le bâtiment, un pour le parvis, on fit procéder à l'expropriation des maisons situées sur ces parcellaires.


La première pierre fut posée le 10 avril 1692 et, moins de cinquante années plus tard, le 1er novembre 1739, sous l'Episcopat de Monseigneur Michel de VERTHAMON, la nouvelle cathédrale était consacrée Notre Dame.

C'est alors l'époque des grands Architectes Royaux : LE VAU à Versailles, MANSART aux Invalides ... et comme dans toute agence, l'Architecte intendant des bâtiments du Roi était assisté par des Architectes exécutants qui, sur place, menaient à bien, avec des utilisateurs, l'avancement des travaux.


Conformes à l'esprit religieux du temps, les plans d'origine de la Cathédrale sont, sans nul doute, dus à François d'ORBAY (1634 - 1697) gendre et associé de LE VAU, qui travaillait aux Tuileries, à Versailles, ou au Collège des quatre Nations (aujourd'hui Palais de l'Institut). D'ORBAY, participa en particulier à la commission chargée de présenter un projet pour la colonnade du Louvre ; après avoir éliminé LE BERNIN, il sut s'imposer avec ses confrères PERRAULT et LE VAU. C'est dire l'importance en France de cet Architecte dont l'influence fut grande sur l'œuvre de LE VAU : ce dernier mourut en 1670 et, sur les ordres de Louis XIV, fut remplacé dans les travaux de Versailles par le célèbre Jules HARDOUIN MANSART, lui même neveu de MANSART, dont il prit le nom pour des raisons de prestige.


Quoiqu'il en soit, c'est bien François d'ORBAY dont il est question dans les documents d'archives qui mentionnent en novembre 1692, la commande d'un marché par -l'avis de Monsieur d'ORBAY- d'un modèle en bois ou maquette de la nouvelle cathédrale de Montauban.


Sur place, un Architecte du nom de TOTIN, Directeur des travaux, rendait compte au Concepteur Parisien. Après quelques malfaçons qui entrainèrent l'effondrement de la voute, cet Architecte malheureux fut remplacé en 1708 par un Confrère appelé SIMON : ce dernier travaillera successivement sous les ordres de HARDOUIN-MANSART et de Robert de COTTE, qui le chargèrent en particulier de suivre les travaux de la Place BELLECOUR à Lyon.


A la mort de François d'ORBAY, la construction avança sous le contrôle des Architectes LOCAUX mais, à la suite de rapports quelque peu critiques d'un Architecte envoyé par le Procureur du Parlement de Toulouse, le Sieur ABEILLE, les plans de d'ORBAY, quoique très estimables furent modifiés par le successeur de HARDOUIN-MANSART, Robert de COTTE (1656 - 1735).


Bien que l'on ne trouve aucune trace de sont intervention avant 1714, Robert de COTTE prit vraisemblablement la direction du chantier en 1708, au moment où il succéda à HARDOUIN-MANSART comme premier Architecte du Roi. C'est lui qui fit exécuter à Montauban des modifications essentielles, voulues certainement par son prédécesseur et proposée par Simon dans ses rapports de 1708 : en particulier, la suppression du clocher prévu par d'ORBAY après le chœur et le remplacement de celui-ci par deux tours carrées sur la façade principale.

Les dessins furent fournis par Robert de COTTE, qui modifia sensiblement l'esprit de cette façade. Commandées en 1719 au Sculpteur Marc ARCIS, les grandes STATUES représentent les quatre Evangélistes installés sur l'entablement du Premier Ordre ; quatre Docteurs de l'Eglise devaient initialement les accompagner.

LES STATUES MONUMENTALES

du Sculpteur Marc ARCIS (XVIIème siècle)

Elles ornèrent la façade Extérieure pendant 250 ans

Les 4 Evangélistes : Matthieu avec l'Enfant - Marc avec le Lion - Luc avec le Taureau - Jean avec l'Aigle

De 1708 à 1722, le chantier est dirigé par SIMON qui venait de suivre pour le compte de HARDOUIN-MANSART, puis De LA COTTE, les travaux de la Place BELLECOUR de Lyon et de l'Eglise SAINT ROCH à Paris : on retrouve à Montauban le même esprit et la même conception, signe d'une intervention prestigieuse des plus grands ARCHITECTES du moment, volonté royale oblige.


En 1722 toutefois, année même de la mort de SIMON, une partie des voûtes s'effondre : le chantier est alors repris par LARROQUE, qui fait édifier les DEUX TOURS dessinées par Robert de COTTE. Aux trois Intendants des bâtiments du Roi qui se sont succédés pour concevoir la CATHEDRALE (d'Orbay - Hardouin-Mansart - et De Cotte) correspondent donc trois Architectes d'exécution qui en ont dirigé, sur place, la CONSTRUCTION : TOTTIN - SIMON - LARROQUE.

Un Ordre Monumental au Service de l'Architecture

Dans un passage de l'histoire du QUERCY rédigée en 1780 par CATHALA COTURE, l'état de la Cathédrale est ainsi décrit :

"cette église, une des plus magnifiques de la Province, mérite une description particulière : elle a la forme d'une croix à la grecque ... Seize grandes arcades surmontées de grands vitraux permettent le passage de la NEF dans les bas côtés qui sont bordés de chapelles en enfoncement. L'Autel est isolé et placé entre la NEF et le CHOEUR, sous la coupole, au croisement des branches de la croix. On entre dans cette église par cinq portes, deux au deux bouts du transept, trois à la façade...". Entièrement construite en pierre, du moins dans sa structure, et longue de quatre vint sept mètres, la cathédrale présente toute la symbolique grecque par son plan - la nef n'est guère plus longue que le chœur et par ses bras très courts ainsi que sa modénature composée de pilastres, de métopes et de triglyphes. Sa voûte située à vingt cinq mètres au dessus du sol, est soutenue par vingt piliers de pierre de taille.


La cathédrale de Montauban offre curieusement une disposition exceptionnelle : plusieurs chapelles parallèles au grand axe occupent le chevet rectangulaire sur lequel fait saillie la chapelle centrale : un espace libre les sépare du revers du chœur et des dernières chapelles latérales. Par ailleurs, les deux grandes portes du bout des transepts qui, primitivement, s'ouvraient aux deux extrémités des courbes franches à la croix ont été fermées plus tard afin d'abriter, dans les deux bras, deux grandes chapelles.


Le plan du chœur, tel que l'avait conçu François d'ORBAY, comportait trois arcades au lieu de quatre actuellement : la modification a été voulue par le Clergé. La charpente dessinée par Robert de COTTE faillit quand à elle être couverte de tuiles, alors que l'architecte prévu une couverture d'ardoises. C'est grâce à SIMON que l'édifice a conservé une couverture Monumentale représentative d'un courant national, même si celle-ci fut finalement réalisée par LARROQUE en "lames métalliques" qui donnent à la cathédrale, par le vert du gris du cuivre qui la couvre, un aspect et une coloration en harmonie avec la brique des maisons avoisinantes. Il est bon de savoir que la volonté royale a souhaité, pour des raisons psychologiques que l'on sait, utiliser la pierre dans la structure tant intérieure, qu'extérieure de l'édifice, et cela montre bien qu'à cette époque la brique n'était pas apparente sur la cathédrale. 

La façade principale comporte un péristyle plaqué au rez-de-chaussée, formé de quatre colonnes doriques, alors que d'ORBAY l'avait conçu avec des pilastres, comme des prolongements latéraux composés du même ordre. La modénature se retrouve en ordre ionique sur les pilastres du premier étage.


On notera en outre que le projet primitif de François d'ORBAY dont témoignent les dessins que nous connaissons, sans les deux campaniles a inspiré dans sa légèreté le Frère CLAUDE à qui nous devons l'église SAINT THOMAS D'AQUIN à Paris, construite quelques quinze années plus tard. Les deux Tours de Robert de COTTE ont peut être été empruntées à Jules HARDOUIN MANSART, dont il devint le beau frère en 1683 et qui édifia à Versailles en 1686 l'Eglise Notre Dame., caractérisée par un portique, les deux ordres - dorique et ionique - et un fronton cantonné de deux campaniles, comme le faisait GITTARD à Saint Jacques du Haut Pas. C'est certainement cette modification en fin de construction qui nous fait trouver aujourd'hui une certaine lourdeur dans la composition générale.


En effet, d'ORBAY avait conçu un clocher haut en arrière de chœur accusant, par sa verticalité même, sa légèreté Architecturale tout en donnant par son échelle une impression de puissance : toutes proportions gardées, on retrouvait là, dans la finesse et l'élégance du projet, l'élégance du projet, l'influence du dôme des Invalides bâti par Jules HARDOUIN MANSART.

Le fronton sur l'entablement couronne l'édifice ; il comporte les Armes de France - elles furent martelées à la Révolution - et abrite, sur ses remparts, les statues couchées de la Religion et de l'Espérance. 

L'analyse Architecturale d'un tel édifice Monumental permet dans la composition spatiale de sentir et de vivre les espaces internes. C'est l'analyse de l'échelle, liée aux rapports dimensionnels entre l'édifice et l'homme, qui fait apprécier ces volumes étroitement en harmonie avec la sculpture, tels les quatre cartouches des trompes de la croisée du transept et de la NEF, et les peintures appliquées sur son architecture.

LES VITRAUX

Le Décor et le Mobilier

La Cathédrale de Montauban contient de nombreux éléments dignes d'intérêt.

Dans les Chapelles latérales se trouvent ainsi quelques ferronneries, de très belle venue, dans l'esprit de celles qui devaient, au début du XVIIIème siècle, clôturer le cœur : elles ont été exécutées dans un fer forgé digne des grands Maitres, soit à la fin du XVIIIème siècle, soit au début du XIXème siècle.

Dans le Chœur, on peut admirer un très beau candélabre aux dauphins d'une qualité de sculpture exceptionnelle et, dans le même esprit Monumental, avec un hors d'échelle caractéristique, un lutrin sans doute peu pratique mais digne d'un chef d'œuvre X de compagnon. On y remarque également les stalles, datant du XVIIIème siècle et plus encore chapelle absidiale qui proviennent de la Cathédrale de Nevers. Une très belle console du XVème siècle avec un Marbre de Bruniquel sert par ailleurs d'autel pour tous les jours : une statue de bois du XVIème siècle est posée dessus.


L'Orfèvrerie est représentée par une statuette de Saint Christophe, avec âme de bois recouverte de plaques d'argent datant du XVIIème siècle, dignes des dessins de Violet Le Duc, composée dans sa partie supérieure d'un Saint Michel terrassant le dragon.

Le grand ORGUE provient de l'Eglise Saint Jacques : il ne comportait à l'origine que vingt cinq jeux et une soufflerie manuelle. Tout en lui conservant son splendide buffet en NOYER sculpté, on le modifia récemment pour porter à quatre vingt le nombre de jeux et électrifier sa soufflerie.

On ne peut visiter la Cathédrale de Montauban sans voir le - Vœu de Louis XIII - un des chef d'œuvre d'INGRES, qui fut peint pour la Cathédrale : comme toute œuvre d'Art de Qualité, ce célèbre tableau, exposé dans le croisillon Nord du transept, aurait une place de choix dans bon nombre de musées.

Enfin, dans une des Chapelles située à gauche du COEUR, on peut voir des trophées d'ornements sacrés, en stuc doré, modelés par INGRES Père, et, dans la sacristie, deux antiphonaires manuscrits et enluminés, dont un sur Parchemin.

La Cathédrale de Montauban prend sa source dans les attributs de l'ART GREC appliqué par des Architectes de renommée nationale à la fin du règne du Roi-Soleil. Notre sensibilité esthétique se limite communément aux périodes comme le ROMAN ou le GOTHIQUE et on peut avoir du mal à comprendre toute la sensibilité que ces hommes de l'âge classique nous ont transmise à travers des églises d'inspiration tantôt JESUITE, tantôt BAROQUE, qui tirent leur origine dans l'Art de la CONTRE REFORME. C'est un retour à l'Austérité préconisé un siècle plus tôt par VIGNOLE et si bien appliqué par PALLADIO dans ses œuvres Vénitiennes.


Les caractéristiques de cet ART sont les NEFS uniques, l'utilisation des éléments ANTIQUES comme les COLONNES, les chapiteaux ou les frontons. C'est donc l'ordre Monumental qui, par la disproportion d'une colonne, englobe deux étages d'ouverture sur une façade. Le Classicisme de la Cathédrale de Montauban est emprunt d'une austère grandeur due à la rigidité des lignes extérieures et à la nudité des voûtes intérieures qui ne font qu'accroitre sa beauté.


La Cathédrale de Montauban devrait être de nouveau admirée comme au moment de son inauguration : la justesse de ses proportions, la pureté de ses lignes en font par comparaison avec les plus beaux Monuments des XVIIème et XVIIIème siècle, une des plus classiques et des plus élégantes des Cathédrales que nos yeux doivent apprendre à reconnaître.


L'ARCHITECTURE éternise et glorifie quelque chose : c'est pourquoi il ne peut y avoir d'Architecture - et par voie de conséquence, d'Architecte - là où il n'y a rien à glorifier.

Sculptures et Tableaux 

La Crèche de Noël

Extraits de la REVUE publiée avec le Concours du Ministère de la Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire - Texte de Dominique LETELLIER - Association pour le Développement de la Documentation et de la Communication Culturelles en Midi Pyrénées A.D.D.O.C.C. Midi Pyrénées


PHOTOS PRISES par : Nathalie PHILIPPE

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